
A la fin des années 80, Randy Robinson, dit « The Ram » (« Le Bélier »), était une star du catch. Vingt ans plus tard, il ne se produit plus que dans des salles de gym de lycées ou des maisons de quartier… Brouillé avec sa fille, il est incapable d’entretenir une relation durable avec quiconque : il ne vit que pour le plaisir du spectacle et l’adoration de ses fans. Mais lorsqu’il est foudroyé par une crise cardiaque au beau milieu d’un match, son médecin lui explique qu’il doit abandonner le catch : un autre combat pourrait lui être fatal…
Darren Aronofsky, dont c’est le quatrième long métrage, parvient une fois de plus à surprendre. A milles lieux de Pi, Requiem For A Dream ou encore The Fontain, le réalisateur propose ici le portrait d’un homme. Un portrait simple et dépouillé de l’état d’un homme vieillissant, sans effet ni scène édifiante comme on pouvait en trouver dans ses précédents films.
Il fait preuve d’une réalisation en tout point réussie, qui parvient à rendre le vécu de Randy the Ram dans tout ce qu’il a de réel et de triste, sans à aucun moment sombrer dans le pathos. Utilisant à plusieurs reprises la caméra à l’épaule, il ne tombe pas pour autant dans une captation purement documentaire. Il arrive à trouver l’entre deux pertinent pour suivre Randy, pour rendre limpide son mal de vivre, sa difficulté à trouver sa place comme son énergie du désespoir. L’intelligence d’Aronofsky se situe dans la pudeur extrême qu’il déploie pour appréhender son personnage.
C’est ce respect qui permet au spectateur d’entrer en empathie avec le personnage. D’immédiatement être fasciné par ce corps mutant, vieillissant, parodie déformée du sculptural. D’être instinctivement touché par cet homme qui se débat comme il peut avec sa vie comme avec ses adversaires, la tête haute malgré ses hontes, la volonté en avant malgré ses blessures.
Un personnage qui fait étrangement écho au vécu de l’acteur qui l’incarne. Mickey Rourke est éblouissant de sincérité. Il joue sans aucun doute avec ses tripes, avec sa propre histoire qu’il insuffle à son personnage. C’est ce qui lui donne son ampleur comme sa justesse désarmante.
Darren Aronofsky a su trouver le bon comédien pour donner vie à son protagoniste, comme il l’avait d’ailleurs déjà fait pour ses réalisations antérieures. Il a ce talent de directeur d’acteur qui époustoufle, comme cette capacité à réaliser juste, que ce soit lorsqu’il fait l’adaptation d’Hubert Selby, quand il réalise un essai métaphysico- futuriste sur le deuil, ou quand il dresse le portrait d’un catcheur sur le retour. Un talent qui ne cesse d’émerveiller. Et qui émeut une fois de plus.
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