
Rome, en plein été. Chaleur étouffante. Gianni, la cinquantaine, passe sa vie à s’occuper de sa mère âgée. Il vit seul avec elle dans un appartement du centre historique et s’occupe de tout, les courses, la cuisine, le ménage. Il lui fait même la lecture, le soir, pour l’endormir. Il a une patience d’ange. Sa seule distraction, boire un verre de vin blanc au petit café du coin en compagnie de son ami «le Viking», aussi désoeuvré que lui. Le 14 août au matin, Gianni reçoit la visite de Caciotti, le syndic de l’immeuble, qui lui rappelle que Gianni et sa mère doivent une grosse somme à la copropriété. Gianni essaye de tergiverser mais Caciotti lui propose une affaire. Comme il souhaite passer ce 15 août hors de Rome en bonne compagnie, il lui demande s’il ne pourrait pas prendre sa mère Marina en pension jusqu’au lendemain après-midi. En échange, la dette sera effacée… Le jour dit, Gianni voit arriver non seulement la mère d’Alfonso, mais aussi sa tante… Victime d’un malaise, Gianni appelle son ami médecin, qui lui demande à son tour un service…
Comment ne pas être enivré par le premier long métrage de Gianni Di Gregorio ? À la fois irrévérencieuse et pleine de pudeur cette comédie nous plonge dans un univers alliant absurde et réalisme qui est proprement savoureux. Fort d’un scénario soigné et d’une réalisation efficace, le film nous convie à une rencontre magique, humaine et grinçante.
Il peut sembler incongru de découvrir que le réalisateur, scénariste et acteur principal du film est le coscénariste de Gomorra. Incongru car Le déjeuner du 15 août est subtilement dual : il met en scène un réel sujet de comédie tout en renvoyant au caractère proprement gangrené de la société italienne. Ce constat, développé bien amèrement dans le film de Matteo Garrone – car sans concession, est ici un pur prétexte à l’absurde. Mais un prétexte qui n’en est pas moins révélateur d’un mode de fonctionnement corrompu.
Ainsi le scénario s’appuie sur une base réaliste qui donne au film un réel relief. Des thématiques forte comme l’oisiveté, la cupidité, la gourmandise ou encore l’abandon familial y prennent place côtoyant l’hypothèse de corruption. Et si la caractérisation des personnages repose sur une esquisse caricaturale, celle-ci n’accuse jamais de facilité, bien au contraire. Car ce caractère caricatural est le gage nécessaire à l’absurde enchanteur qui ne peut que nous séduire.
Cet enivrement n’est cependant rendu possible qu’au travers des différents personnages. Il y a d’une part les hommes, de l’autre les femmes – un ballet de vieilles dames tantôt drôles tantôt touchantes, à la fois agaçantes et irradiantes. Des acteurs brillamment dirigés au sein d’une mise en scène intelligente où une importance est donnée aux gestes anodins et coutumiers ce qui ancre une dynamique réaliste.
Cette hypothèse réaliste trouve son fondement dans la captation filmique même. C’est avec un caractère séquentiel très fluide que les gestes des différents protagonistes deviennent le centre d’attention. Un réel mouvement s’articule entre une mise en place généralement large au sein de laquelle des éléments précis prennent une importance particulière. Les zooms et les panneaux sont fréquents et ils permettent d’atteindre à la fois une justesse humaine et un humour grinçant.
La lumière habille aussi le film. Elle esquisse non seulement une atmosphère particulière mais elle génère une impression de chaleur à la fois enivrante et déroutante : elle nous permet de ressentir le climat chaud et ensoleillé. Un dépaysement s’opère magiquement.
En somme Le déjeuner du 15 août est un réel bijou, drôle et envoûtant.
Retrouvez les horaires des séances par ici et la bande-annonce ci-dessous.
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