Critiques

Bancs publics (Versailles rive droite)

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Lucie arrive à son bureau et découvre, accrochée sous une fenêtre de l’immeuble d’en face, une banderole noire avec écrit : « Homme seul ». Est-ce un gag, un cri du coeur, un appel au secours ? Lucie et ses deux collègues s’interrogent et décident de mener leur enquête… A midi, elles pique-niquent à côté, au « Square des Francine ». Là, les amoureux graves, les solitaires enjoués, joueurs de tous âges, tournent autour du joyeux jet d’eau. La ronde continue en face, au magasin « Brico-dream » où, sous les conseils plus ou moins compétents d’une équipe de vendeurs en sur-effectif, les clients calculent, échafaudent, tendus, angoissés, ayant peur de repartir avec des étagères trop courtes, des vis trop longues… A la fin du jour, aurons-nous croisé l »‘homme seul » parmi la multitude de ces personnages affairés ?

Avec Bancs Publics, Bruno Podalydès nous convie à un tour de manège. Il nous invite à un réel spectacle teinté d’humour et de candeur, au coeur d’un univers alliant subtilement réalisme et imaginaire. Avec un scénario reposant sur une trame simple, il nous propose de partir à la rencontre d’une kyrielle de personnages et à travers eux à la découverte du monde qui nous entoure.

Si c’est au travers d’une écriture très juste que Bruno Podalydès met en place un réalisme vivifiant, c’est surtout grâce à la réalisation qu’il ancre une réelle dimension macrocosmique. La séquence d’ouverture est à cet égard proprement paradigmatique : quoi de plus banals que les gestes communs du trajets vers le lieu de travail ? Les déambulations dans le métro parisien – impressionnant carrefour où se croisent mille et une âme – mettent en place avec force l’hypothèse de pluralité. Certes nous suivons une protagoniste précise, mais elle n’est en somme que bien ordinaire. Du macrocosme d’établissement nous passons à un premier microcosme, celui de l’environnement professionnel de la protagoniste rencontrée dans le métro. Mais à nouveau cet univers s’ouvre sur un autre plus vaste. Ce mouvement se répétera pour au final tendre à une pleine dimension macrocosmique : Podalydès nous offre un portrait de la vie qui nous entoure telle qu’il la perçoit. Divers volets comme autant de lieux communs lui permettent d’y parvenir.

Mais Bancs Publics n’est pas uniquement un portrait sincère d’une certaine société – si le Versailles Rive Droite de Podalydès n’est pas la Paris trendy de la majorité du cinéma français, il ne s’agit pas non plus de la France de Bruno Dumont. Il est avant tout question d’une comédie tantôt absurde tantôt loufoque extrêmement bien écrite et habilement mise en scène au sein de laquelle les objets n’ont de cesse d’être un prétexte au burlesque. Le réalisateur gère efficacement le retardement des gags de situation tout comme il fait pleinement confiance à « l’image » comme source du rire. Cette dernière est tantôt monstrative – l’exemple le plus évident est la trouvaille du « Grospresso », machine à café dont les capsules ont la taille d’une boite à tartines – tantôt imaginative. Ainsi le dialogue est souvent très drôle et nous appelle à imag(in)er le contenu des répliques. Podalydès touche un peu à tous les possibles humoristiques et ne cesse de se renouveler au sein du film.

Au-delà des ces dimensions macrocosmique et humoristique, le réalisateur semble rendre hommage tant aux comiques français qu’aux comédiens. Avec un impressionnant casting il esquisse un voyage au sein duquel le temps et les genres se mêlent et s’entremêlent. Il renvoie de manière directe à Serreaut et Poiret ou encore à Marielle. L’émerveillement qui semble être le sien est communicatif. Alors certes les longueurs se font sentir, mais elles apparaissent comme secondaires tant une réelle sincérité et un regard amoureux transparaissent à l’écran.

Retrouvez les horaires des séances par ici et la bande-annonce ci-dessous.

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