C’est l’histoire, drôle et fantastique, de Serge Gainsbourg et de sa fameuse gueule. Où un petit garçon juif fanfaronne dans un Paris occupé par les Allemands; où un jeune poète timide laisse sa peinture et sa chambre sous les toits pour éblouir les cabarets transformistes des Swinging Sixties. C’est une vie héroïque où les créatures de son esprit prennent corps à l’écran et sa verve se marie aux amours scandaleuses. De là est née une œuvre subversive avec en vedette un citoyen fidèle et insoumis qui fera vibrer la planète entière.
Objet über-tendance de ce début d’année, Gainsbourg (vie héroïque) est à la croisée de deux modes tenaces dans le cinéma contemporain. Joann Sfar réussit à mélanger deux tendances cinématographiques qui, jusqu’à présent, ont accouché de bouses infâmes : la tendance dessinateur/réalisateur et la tendance biopic français. Après The Spirit de Frank Miller; Les Beaux Gosses de Riad Satouf; (l’ignoble) La Môme d’Olivier Dahan; Mesrine de Jean-François Richet; le Coluche d’Antoine de Caunes ou encore les doublons foireux sur Coco Chanel, voici venir Gainsbourg avec ses gros sabots. Parce qu’après les USA, le pays où l’on se remémore le plus ses héros est la France (et il faudra que l’on m’explique ce que Gainsbourg a fait d’héroïque). Pas pour le fait qu’ils aient contribué à l’Histoire mais plutôt parce qu’un bon biopic, ça rapporte et surtout ça s’exporte plus facilement qu’un conte breton. Sfar aurait-il donc rompu la malédiction du genre ?
Eh bien non ! Tous les films de dessinateurs/réalisateurs ou adaptés de bande dessinée ont le même problème : le rythme. La BD à le sien et il est bien différent de celui du cinéma. Sfar tombe donc dans des ornières de défauts : des plans foutraques, une poésie d’image digne d’une classe de première maternelle et un récit non rythmé. Malgré une apparente réussite, Sfar n’en est en rien responsable. Gainsbourg est un sujet déjà fort, un personnage comme on en voit rarement, complexe et beau, et quand le public rit, pleure ou chante, c’est Serge et non Joann qui le provoque. Gainsbourg reste présent dans nos esprits du début à la fin. Le vrai, pas cet ersatz rêvé d’abord sur papier avant la pellicule. Alors, donc, péniblement, après un enchaînement de scènes toutes plus grossières, mal fagotées et presque boursoufflées, le film finit de s’étirer.
Sfar s’enflamme et s’enterre dans de fausses bonnes idées : un Jiminy Cricket en carton-pâte, un petit garçon jamais loin pour rappeler l’âme d’enfant insolent qu’était Gainsbourg, j’en passe et des meilleures. Le pire étant cette espèce de marionnette que Sfar a dessiné et qui fait avancer le récit emportant Gainsbourg vers sa destinée. Bon ok, Pinocchio en avait un, Audiard récemment en a donné un à son prophète tout comme Guillermo Del Toro et son Pan que Sfar à copié/collé pour son film. La marionnette bouge, parle et préside à la destinée tout comme le Pan avec Ofélia. Malheureusement avec moins bien de réussite et d’originalité. Voilà, en fait, comment ce film se résume : sans mérite et banal. On n’en voudra toutefois pas trop aux acteurs. Sfar ne les dirige pas. Les filles, certes belles, défilent toutes plus insipides les unes que les autres. Elles ont juste le bon goût d’être fidèles aux modèles. Quant à Elmosnino, il est génial. Heureusement qu’il sait jouer et qu’il prend assez de recul avec le personnage pour y insuffler son propre ressenti. Acteur de théâtre principalement, il est un des rares à avoir réellement enfilé les chaussures qu’on lui ait prêté, loin des pathétiques François -Xavier Demaison, Audrey Tautou ou Marion Cotillard. Le reste du casting est fidèle au cinéma français : des caricatures franchouillardes surjouants, suants et dégoulinants de pitreries. La palme allant à Yolande Moreau, tout simplement grotesque.
Mais bon, rassurez-vous, Joan est loin d’être à la rue. Futé, il a déjà sorti un livre d’aquarelles et de croquis réalisés pendant le tournage, le synopsis aussi aquarellisé et le conte en BD. Mais tout le monde sait bien que les hommes ne savent faire qu’une chose à la fois. Alors pose donc tes pinceaux, débarbouille ta gueule et fout ton putain d’oeil dans ta caméra pour enfin voir le désastre que tu infliges au monde ! Enfin, si toutefois l’idée d’aller coller vos culs pour voir ce truc vous titille toujours, laissons au moins cela au film, c’est que dès la sortie, vous aurez envie de réécouter le grand Serge. Alors, foncez plutôt dans nos médiathèques pour louer l’intégrale. Passez-la en boucle et invitez des copine pour quelques sucettes à l’anis.
Après tout, la vie de Gainsbourg, autant la vivre que la voir.
Commentaires
Aucun commentaire pour “Gainsbourg (Vie Héroïque)”
Laisser un commentaire