1954. Teddy Daniels et Chuck Aule enquêtent sur la disparition d’une patiente échappée d’un hôpital psychiatrique à sécurité maximale. L’hôpital en question est basé sur Shutter Island, une île située à environ une heure au large de Boston.
Peut-on vraiment se planter en adaptant un roman de Dennis Lehane? En trois adaptations et autant de réalisateurs différents, Hollywood a réalisé un sans-faute. Que ce soit dans le Mystic River de Clint Eastwood ou le Gone Baby Gone de Ben Affleck, jamais un auteur n’avait eu autant de chance et de talent au service de ses oeuvres. Signant la quatrième collaboration entre Marty et Leo (ouais, on est très proches), Shutter Island ne déroge pas à la règle. Au contraire, il élève le niveau pour mieux se classer aux côtés de ce qu’on appelle les chefs-d’oeuvre. Et ouais, rien que ça.
Dès les premières minutes, le ton est donné. L’arrivée sur Shutter Island se fait sur une musique qui en fait des tonnes. On va assister à quelque chose de grand, nous voilà prévenus. Et effectivement, tout ou presque semble être bigger than life, à commencer par la réalisation. Martin Scorsese se sent pousser des ailes, se faufilant partout sur l’île. D’une grotte sombre au sommet d’un phare, sa caméra colle à DiCaprio, filmant sa lente plongée dans la folie. Pour l’entourer, un casting de rêve interprète avec sobriété des rôles marquants. Évidemment, DiCaprio étant au centre de l’histoire, il vole un peu la vedette à ses collègues. Mais cela ne les empêche pas de briller chacun à leur tour. Chapeau donc à Mark Ruffalo, Ben Kingsley et au reste du casting.
De mémoire de cinéphile, il faut remonter très loin dans le temps pour trouver un film traitant de la folie avec autant de talent et de justesse. Il est en effet facile d’interpréter la folie, en gesticulant dans tous les sens comme la plupart des acteurs le feraient. Mais la direction que prend le film de Scorsese se rapproche d’un de mes films préférés, à savoir Shock Corridor. Là vous vous dites surement que mes goûts, on s’en branle un peu, sauf que Shock Corridor est également un des films préférés de Scorsese. Et en voyant son Shutter Island, il est difficile de ne pas y voir un hommage au chef d’oeuvre de Simon Fuller. La construction de l’histoire, sa lenteur (que certains auront vite fait de critiquer) et son ambiance en font une version moderne d’un classique que je ne peux que vous inviter à regarder.
Je m’étalerais encore avec plaisir sur Shutter Island, devant lequel j’ai pris un pied incroyable (ce qui ne m’était pas arrivé depuis très longtemps), mais je risquerai de vous gâcher la surprise plutôt que de vous donner envie. Alors avant d’en finir, sachez juste que Shutter Island n’est PAS UN FILM À TWIST. On n’est clairement pas chez M. Night Shyamalan et à vrai dire, si vous ne voyez pas venir la fin à des kilomètres, c’est que votre QI n’est pas bien élevé. Non, ce qui rend Shutter Island aussi intéressant, c’est la performance de DiCaprio et la folie qui d’abord l’entoure et puis grandit en lui. Je pense très franchement que le film s’apprécie au fil des visionnages et le fait d’en connaitre l’histoire m’a sans doute aidé à sortir de cette attente vaine afin de savoir le pourquoi du comment en fin de film. Shutter Island n’a rien à voir avec des films comme Identity. Et ça méritait d’être dit.
Sur ce, ne vous laissez pas rebuter par les 2h30 du film et foncez dans les salles. Vous m’en direz des nouvelles.
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